Association des Parcs et Jardins de Bretagne

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La triple vie de la coccinelle asiatique.

In Conseils pratiques aux jardiniers on 1 février 2016 at 1604 42

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Harmina axyridis est une coccinelle de grande taille importée en France par l’INRA en 1982 afin de lutter contre les invasions de pucerons. Mais, cette petite bête à bon-dieu est devenue, depuis quelques années bien envahissante !

Elle ne doit pas être confondue avec la coccinelle européenne Adalia bipunctata qui vit dehors toute l’année.

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L’été, elles jouent leur rôle en dévorant les pucerons, les psylles et les cochenilles. A l’automne, elles commencent à devenir moins sympathiques. Les maraîchers et les vignerons les trouvent sur les fruits abîmés et elles provoquent une diminution de la qualité des récoltes. Enfin, dès les premiers froids, elles entrent dans les habitations et forment des agrégats dans les angles des pièces, agrégats laissant sur les supports des tâches jaunâtres nauséabondes.

Comment explique-t-on cette prolifération ? A l’origine, lors de son arrivée aux USA en 1916, la coccinelle asiatique était incapable de résister aux températures hivernales, et à la fin de l’été, elle mourrait. Mais, au fil du temps, elle a fini par s’adapter et ne succombe maintenant qu’à un froid de – 20°C.

Il faut également ajouter qu’elle a une durée de vie de 2 ans et qu’elle pond environ 2000 œufs au cours de son existence ! L’accroissement en nombre est donc très rapide.

larve-coccinelle  La larve est facilement reconnaissable

 Pourquoi l’INRA l’a-t-elle introduite et n’a pas développé la culture des coccinelles indigènes ? La réponse soulève l’aspect économique de la lutte biologique. Les coccinelles françaises sont plus onéreuses à produire en masse et donc économiquement moins rentables. Et lors de leur introduction en 1982 leur capacité d’adaptation aux rigueurs de l’hiver n’avait pas été prise en compte.

Suite à la prolifération « inquiétante » de l’espèce, un Observatoire National des Coccinelles asiatiques a été mis en place avec des correspondants locaux afin de surveiller la progression de l’invasion. Cyril Courtial, correspondant en Bretagne m’a confirmé que depuis 2012, l’espèce était présente sur la totalité du territoire français et qu’il n’y avait plus de surveillance puisque l’invasion est totale !

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Est-elle toxique pour l’homme ? En principe non, mais certaines personnes développent des allergies et les études américaines ont montré un risque d’allergie croisé entre la coccinelle asiatique et le cafard. Certains se plaignent aussi de piqûres.

 

Comment l’empêcher d’entrer dans les maisons ? Le calfeutrage des encadrements de fenêtres et de portes est nécessaire mais insuffisant ! Une fois qu’elles sont entrées, l’aspirateur permet de les rassembler mais ensuite il faut brûler le sac ou le congeler durant 24h. Ces petites bêtes sont résistantes ! Des laboratoires travail à concevoir des pièges à phéromone pour les attirer.

Alors, comment faire si on souhaite utiliser la coccinelle dans le jardin ? Si votre jardin est naturellement exempt de coccinelles, indigènes ou asiatiques, et que les pucerons affectionnent vos plantes, essayez d’introduire des coccinelles indigènes. Soit vous en trouvez dans la nature et en créant un hôtel à insectes dans votre jardin, vous l’acclimatez, soit vous achetez des larves. Mais, attention, n’achetez que des coccinelles certifiées indigènes car si en Suisse, Grande-Bretagne et Belgique la coccinelle asiatique est interdite de vente, cette interdiction ne s’applique pas à la France.

Pour aller plus loin :  l’INRA propose un dossier très intéressant soulevant deux conséquences de l’invasion progressive d’un « outil de lutte biologique ».

– L’homme a-t-il le droit de manipuler la nature ?

–  Politiquement, la coccinelle ne connaissant pas les frontières et envahissant sans complexe des pays ne l’ayant pas volontairement souhaité sur leur territoire, ne va t-elle pas indirectement provoquer des tensions entre pays voisins ?

http://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i136san_martin-et-al.pdf

http://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i136san_martin-et-al.pdf